11.01.2009

le gros est un loup pour l'homme

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LE GROS EST UN LOUP POUR L’HOMME

 

Curieuse analogie que celle du loup et de l’Homme, mais si l’on considère l’intrusion dans un monde aseptisé, uniformisé, du sauvage et de l’incontrôlé ; nous pouvons alors trouver quelques curieuses similitudes entre l’image reflétée par la faune sauvage (personnifiée notamment par le loup) , et celle du gros, de l’obèse, dans la société occidentale.

 

Qui a peur du méchant loup ?

L’intervention d’animaux sauvages dans un univers domestiqué crée un rejet et une peur irraisonnée dans une nature de plus en plus policée et façonnée par l’Homme. Le loup, le vautour ou l’ours (cf actualité contemporaine), emblèmes d’un monde archaïque et sauvage, subissent particulièrement la haine du peuple, alors que certains autres animaux bien plus nuisibles (comme le lynx et les chiens errants) jouissent d’une totale indifférence.

Le traitement du loup dans la littérature a alimenté les peurs irrationnelles à l’égard des loups, lesquels pourtant manifestent de la crainte à l’endroit de l’Homme et avaient disparu en France depuis les années 50. Les comptines (1), légendes (2), maximes (3), proverbes populaires etc. enseignent depuis toujours de se méfier du loup, de la meute et ont crée cette peur tenant aujourd’hui plus d’un inconscient collectif jungien que d’une peur raisonnée (la petite cinquantaine de loups basée sur le Vercors n’est objectivement pas particulièrement préoccupante pour le quidam moyen).

L’obèse, l’individu gros dans notre société moderne représente exactement le loup pour nous autres, animaux dénaturés…dans une civilisation qui cherche à modeler des individus standards, le hors norme dérange. Il y a dans le gras comme dans le poil, une obscénité que l’on cherche à cacher. La cellulite, le poil, la ride doivent être éradiquer. De la même façon que Bourdieu dans « la Distinction » à la fin des années 70 (4) nous démontre comment plus nous touchons au classes socio-culturelles élevées, plus le corps s’étiole, de désincarne (on passe du goût des hommes ouvriers pour la femme plantureuse à celle sylphide des cadres dirigeants), l’individu lambda lui aussi veut gommer notre animalité, l’inné sauvage pour un corps plus lissé, où le culturel prend le pas sur le dictat génétique (crèmes, régimes, opérations esthétiques…)

Le gros comme le loup a aussi une image négative véhiculée depuis longtemps, des personnages savoureux mais destructeurs rabelaisiens comme gargantua et Pantagruel , on passe allégrement des ogres des contes, au personnages contemporains d’Ignatius Reilly dans la Conjuration des Imbéciles de John Kennedy Toole au début des années 60 , génial et pervers personnage adipeux ou au personnage d’Olive Martin, dans le thriller récent de Minette Walters « Cuisine sanglante » où le « spectacle grotesque de son mètre cinquante cinq pour quelque 120 kg » va ajouter à sa sinistre notoriété et l’accuser sans circonstance atténuante.

Un appétit de loup

  Certes l’obscénité ou l’animalité du gros n’est pas seule cause de son rejet dans la culture occidentale,  car, outre le dégoût pour le spectacle de ce débordement de chair, le gros est symbolique de notre société dans son gâchis alimentaire, du surplus que notre confort produit…du coup le gros culpabilise l’homme lambda qui y voit systématique l’image ou le porte drapeau de nos dérives alimentaires (la junk food) sans jamais comprendre ou accepter que le surpoids alimentaire vient surtout du stress et du désoeuvrement existentiel actuel. on vous proposera aimablement de prendre rendez-vous chez un diététicien, pensant que votre brilliante intelligence a buguer et n’a pas compris qu’il vaut mieux se goinfrer de carottes que de mars et gâteaux, sans imaginer un seul instant que votre compulsion alimentaire ne viennent pas de votre gourmandise. Gourmandise célèbre et charmante au demeurant car autant le personnage gros déplait celui de rond/bon vivant en revanche attire signifiant que vous appréciez la vie. Mais la limite entre rond/charmant et gros/macabre est dépassée par votre manque de volonté.

Manque de volonté créant aussi une amertume chez l’adepte neurasthénique du régime, qui se prive pour essayer de garder une ligne « fil de fer », quitte à détruire sa santé par les nombreux régimes et les multiples carences occasionnées…Comment un gros peut-il se permettre de manger ce qu’un mince ne peut pas ? Se faisant il prend alors une double part, il vole la part de l’autre…cela devient ainsi tout bonnement inadmissible, une basse provocation…

L’homme gros devient encore une fois le loup vorace destructeur (le Yzengrin ou même le Fenrir amenant le ragnarok détruisant le monde des vikings) caché parfois dans le petit américain vorace de Roal Dahl dans Charlie et la chocolaterie sa gloutonnerie le conduira à sa perte contrairement au maigre et sage Charlie (héros dickensien par excellence : pauvre, maigre et puritain) ou le cousin veule et antipathique de harry Potter…

Faut-il alors comme le loup ou l’ours nous confiner dans des réserves en faisant attention aux verres brisés dans nos confiseries ? Le gros est il vraiment ce fauve à l’affût, tout bonnement un loup pour l’homme ?

 



[1](1) « Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas, si le loup y était, il nous mangerait. »

[2]  (2) la plus célèbre reste la bête du Gévaudan

[3]  (3) l’homme est un loup pour l’homme…

(4) Pierre Bourdieu, la Distinction, Critique sociale du jugement éditions de minuit, Paris,1979.

Commentaires

J'applaudis Haut et Gros...Heu!...Et Fort !

Ecrit par : RiccardoFA | 27.09.2009

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