10.01.2009

Garniture à la Genette

03fe3c1508fd27c8c60934718eb670e7.jpgAssise dans une brasserie devant un verre de vin, je contemplais un couple de touristes en train de s'interroger sur la garniture de leur plat. Plus prosaïquement, la question : « Faut-il manger la feuille de salade accompagnant le croque-monsieur ? » semblait insoluble.

Je me remémorais cette même inquiétude existentielle qui quelques jours plus tôt m'avait quelque peu déstabilisée lorsque, dans un restaurant indien, un serveur m'avait amené le poulet Tikka que j'avais commandé entouré de fleurs de carottes. Pouvais-je sans risquer un faux-pas goûter à ces dernières ?

Diverses questions me préoccupaient. Sur le plan alimentaire, le consommable ou non consommable reste généralement une décision culturelle. Elle nous permet ainsi de nous différencier des autres et de nous identifier à notre groupe socioculturel. La question de la garniture d'un plat se complexifie alors: est-elle inhérente à ce dernier ou seulement présente de manière anecdotique ?

S'imposait à mes yeux, un parallèle avec la notion littéraire de paratexte chez Gérard Genette : le paratexte, selon cet auteur regrouperait dans un livre tout le matériel autre que le réel des textes, c'est-à-dire : la couverture, les illustrations, les notes. Le livre est alors examiné non seulement comme un ensemble d'expressions verbales générant du sens mais comme une image, un concept esthétique. Le travail littéraire consiste en un texte mais ce dernier ne paraît que rarement à l'état nu. En effet, ce qui le crée est aussi tout ce qui gravite autour de lui : ses seuils.

Deux éléments distincts compose ce paratexte : le péritexte qui concerne tout ce qui se situe autour du simple texte et qui structure sa présentation, souvent sous la responsabilité de l'éditeur (la couverture, le format, le titreet l'épitexte qui se définit par son approche au texte afin d'inciter le lecteur à se former une opinion (il s'agit donc d'articles de presse, de revues, d'entrevues).

La comparaison entre l'épitexte et le menu proposé dans les restaurants m'apparu tout aussi évidente que celle du péritexte et de la garniture des plats. N'est-ce pas cette dernière qui structure le mets proposé ?

En fait, elle joue un rôle essentiel au bon succès d'un plat. Si sur le plan gustatif elle ne participe guère, elle devient indispensable au cérémonial gastronomique. Et lorsque Genette explique que le paratexte s'il n'est pas encore un texte est déjà textuel, la garniture, elle, si elle ne fait pas partie du mets est à l'évidence indissociable au plat présenté. La manger ou pas devient annexe puisqu'il ne s'agit alors que de choisir quelles limites s'imposer face au contenu de son assiette.