25.09.2008
la tragedie de K ou les chaussettes volées
Acte I
Scène 1
- k –
- Aah ! Proust ! Ce grand romantique aux oreilles fleuries ! Proust ! Toi…
- Mon âme s’égare Proust ne peut être romantique…
- Que dis-je ! (silence) Certes ce pauvre Swan…
- Aah ! Mon esprit s’évapore en même temps que l’odeur de mes chaussettes !
- On a volé mes chaussettes !
- (soupir) Elles étaient bleues, d’un bleu si pur que le ciel paraîtrait gris devant la rougeur de leur quadrillage. (grandiloquent) Elles taillaient du quarante – oui, j’ai de petits pieds – Elles atteignaient la cime de mes fort jolies cuisses – ils sont cependant très agiles.
- C’étaient…
- le chœur (s’éveillant) –
- Qu’est-ce que c’étaient ?
- k –
- C’étaient des Burlingtons !
- le chœur –
- Des Burlingtons !
Scène 2
(K erre le long des souterrains de la bâtisse et entre dans la pièce interdite où demeure depuis plusieurs siècles le cadavre de Gombro)
- k (affolé) –
- Gombro ! Gombro ! Mon tendre ami, toi que je n’ai jamais pu connaître !
- Es-tu malade ? Tu es tout bleu !
- Quoique tu tournes au vert…
- Serait-ce une crise de Foi ?
- Inadmissible, scandaleux, impossible ! Tu es tout bleu !
- Sais-tu que l’instant est dramatique : Mes chaussettes, mes Burlingtons que j’avais A-CHE-TE ont été kidnappées !
- (après une longue inspiration) Je me meurs ! (plus faiblement) Et si je ne suis ni mort ni ressuscité, c’est… (encore plus faiblement) Parce que… Parce que… (hurlement) JE SAIS OÙ SONT MES TENDRES AMIES…
- COMMENT ?
- ELEMENTAIRE !
- POURQUOI ?
- JE N’OSE DEVINER…
- TU AS VOLE MES CHAUSSETTES!
- La noirceur de ton teint d’ordinaire si jaunâtre m’a enivrée comme un parfum d’été pour mieux comprendre que le traître c’était toi !
- Que m’importe ! Rends-moi mes chaussettes !
- Ooh ! Tu ne peux plus mordre et s’il te restait un œil tu verrais que tes dents sont devenus d’affreux bambous grisâtre !
- Aah Mathilde ! Hildegarde ! Notre séparation n’était qu’éphémère, vos chuchotements retrouvés !
- GANELON !
- le chœur (désespéré) –
- Gombro a pris les chaussettes pour payer son voyage !
- k –
- Fourbes ! Je ne veux point entendre ! Je ne pars pas en vacances Môa !
- le chœur (soudains très las) –
- Le pays des morts est loin ! Anubis s’impatiente !
- k –
- Il suffit ! Je reprends mes chaussettes !
- le chœur (se lamentant) –
- LA TRAGEDIE COMMENCE ICI !
- k –
- Où se situent-elles ?
- le chœur (dans un murmure) –
- Elles demeurent sous l’auguste langue du défunt.
- k (d’une rare vulgarité) –
- Enfin ! Enfin ! Il était temps ! Les dents se désagrègent ! ma transpiration délicieuse s’était éteinte ! La gangrène de l’ignoble les avait gagnées.
SCENE 3
(Dans une cour du château – Près des détritus)
- EMMA -
- Certes n’est pas vermine qui veut !
Ce que j’aime en toi, mon ami, c’est ta délicatesse rare à n’être qu’un gros cafard perfide ! Tellement agréable de te voir si répugnant !
(Gollum éructe) Mon Dieu, le laid, le laid ! C’est si extatiquement éprouvant !
- GOLLUM (ardemment) -
- Il est vrai, tendre Emmy !
- EMMA -
- Idiot ! Ta tendre Emma, n’est rien d’autre qu’un illustre…
( K pénètre dans la cour) Mais voici notre charmant Kâa, mon cher ami ; Comment vous portez-vous ? Ce teint si inodore ! Ah, vous irradiez de charme plaisant k !
- K (méprisant) –
- Sales Vermines ! Ssales vermines !
SCENE 4
(Jésus apparaît dans la chambre froide où gît Gombro, il est assis sur un hippopotame, une baguette de magicien à la main. Un fort accent irlandais laisse présager un certain goût pour la Guinness et un long séjour en Espagne)
- JESUS (s’adressant au bel hippopotame) -
- Mon bel ami, toi à la prestance si étincelante, n’as-tu pas oublié que cet instant restera gravé à jamais…
(S’épouillant) J’ai senti une vibration morbide qui effleurait mon pays esprit tourmenté ; Et si aujourd’hui ma vocation n’est plus que d’être un assistant social de bas étage, mon évangélique visage demeure et je peux encore ressentir l’émotion de ce curieux corps astral qui clignote d’un verdâtre feuille desséchée au jaune… (mon éducation ne me permet pas d’exprimer mon avis cependant fort réaliste).
Approchons-nous discrètement et imaginons…
Oh ! Regarde ! Louis ! Cet homme souffre ! Oh combien sa danse est macabre ! Combien la sueur qui se dégage de ses non-yeux est fétide !
Est-ce possible Léon, cet homme souffre !
(Lyrique) Son âme hurle d’une haine retenue, d’une frustration encore inexploitée !
(Se frottant l’oreille d’un air réjouit) Ce que j’aime à m’écouter discourir !
Mais allons ! Cet homme-là (dégoûté) ou plutôt cet…Etre…a besoin de nous !
SCENE 5
- JESUS -
- O bel Adonis! Pourquoi ris-tu ainsi ? Ne sais-tu pas que rire est interdit, la loi l’a proclamé !
Dangereux disent-ils…
Ils n’ont pas tort ! Ton rire n’est que démence ! Ne peut-on mieux exprimer une souffrance autrement que par cette cacophonie graduée !
(rêveur) Oui…Le marchand de sable s’est endormi… La rose et le réverbère ont oublié et le pigeon n’a plus de nom…
Qu’importe ! Qu’importe ! Ce violent courroux ne reste que des mots !
Des mots ! J’ai oublié ce qu’était une phrase et moi, moi je reste condamné à lire Joyce sans jamais comprendre !!!
Ah ! Absurde monde ! Je me délecte de bureaucratie.
(silence)Oh…
BECKETT EST MORT CE MATIN !
Ah, mon fils, mon frère, mon fantôme, toi qui m’as écouté sans bailler ni t’exclamer d’une voix aigrelette : « Pour qui se prend-il, celui-là » raconte-moi ta triste histoire et sache, ami, que je suis Jésus et si mon père est mort, si je suis destitué, je reste à tout jamais ici afin d’écouter ta triste histoire et le non sens de mes paroles.
Sache, ami, que je suis la BOURSOUFLURE VERBALE !
- GOMBRO –
- Ami Iésus, j’ai besoin d’aide, la liste noire m’a oublié. Je suis mort depuis si longtemps que la lassitude avait imprégné toutes mes pensées jusqu’à…
Jusqu’à la vue subite de cette superbe paire de chaussettes !
Pouvais-je enfin payer mon voyage au royaume des morts ?
Or, cependant que je trépassais enfin, K, égoïstement, stupidement, me les a retirées !
Maintenant me revoici dans ces murs moisis et Anubis s’impatiente !
Aide-moi, toi… toi ? Toi, le fils du Père !
- JESUS –
- Mon fils, je sens une vague impressionnante d’idées originales et parfaitement adaptables afin de châtier ce misérable !
D’un pas léger et frêle je disparais et Louis, mon fidèle hippopotame avec son ouie et son odorat si élancé (cela compense le reste) aura tôt fait de m’emporter vers le lieu où réside K !

ACTE II
SCENE 1
(Gombro reste seul assis sur une dalle humide et peu confortable ! Parallèlement, Anubis dans un petit cadre en bois s’impatiente)
- GOMBRO –
- Rhaah ! Il me laisse seul sans même discourir avec son brave animal… Esthétiquement, certes, il n’est pas ce que l’on peut appeler une « beauté plastique » mais…
(Soupirant) Je me lasse de demeurer ainsi ! J’ai le mal de l’air et le duvet de mon cercueil est tout troué !
Je suis malade et mon enveloppe est toute fripée…
- ANUBIS (éternuant) –
- Fripée ou non, je sens la colère me dévorer ! Il me le paiera ! Ce cadre est vraiment minuscule et même pas vitré !
Quels courants d’air !
Il me paiera aussi l’insulte de se faire attendre !
Si le travail était pas aussi défleurissant…Ah !
- GOMBRO –
- Que va faire cet idiot de Iésus ?
Je n’ai rien compris à son discours ! Puis-je lui faire confiance ?
Mon Dieu qu’importe, il ne reste que cette chance-là de voir Ane Ubis. Oh celui-là, il m’attendra : vû son costume mité, son museau troué, les clients ne doivent pas affluer !
- ANUBIS (écarlate) –
- La médecine ! Le fléau de Dieu ! Et puis, là, aujourd’hui, en cet instant – si long – on ne croit plus !
Eh oui, m’sieurs dames ! L’agnose a remplacé l’athéisme forcené !
Dieu est mort ! Zeus dort ! Et Osiris est sénile!
Quelle vie !
- GOMBRO -
- Il est tard ! Presque un instant est passé ! Il est tard et temps d’aller hanter les cuisines ! Partons donc retrouver les gâteux habitants de ce château. Ah ! Faire confiance, ffaire confffiance…
SCENE 2
(Emma recherche Gollum pour lui remettre un trésor. Celui-ci, caché dans une poubelle, pense à sa tendre amie. Comment peut-il lui offrir un anneau scellant leur platonique relation ? Il divague. Emma s’approche)
- GOLLUM –
- Emma, étoile du jour ! Mon esprit s’emballe tel un vélomoteur de seconde qualité !
Ah ! Peut être devrais-je lui offrir, tiré de cette vieille collection mordorée, cet anneau qui nous liera à jamais.
« Emma et Gollum » : cela sonne relativement bien !
- EMMA -
- Où es-tu, rat répugnant ! Erres-tu par ici ? (L’odeur devient insupportable, j’approche) Mon ami, boudes-tu?
- GOLLUM -
- Je suis là, ma belle ! Je suis là ! Que me veux-tu ?
- EMMA -
- Montres-toi, ignoble traître !
- GOLLUM -
- Me voici, sublime !
- EMMA -
- Allons, je t’ai apporté un tttrésor et j’ai un plan pour punir K ! Excellent de surcroît ! Ecoute-moi !
-GOLLUM (après avoir écouté les murmures d’Emma et semble t’il cogité) –
- Oh ! Surprenant en effet. Peut-on être plus cruelle ! C’est certainement pour cela que je t’aime… te hait… t’exècre… et finalement t’adore et à sur ce je t’offre en hommage ce magnifique anneau qui nous liera à jamais.
SCENE 3
- CHORUS –
- Un matamore passe !
(suit un long roulement de tambour et entre un capitan tout décoré)
SCENE 4
- CHORUS –
(Le chorus s’étrangle, le matamore repasse à reculons dans un silence oppressant où, au milieu de la scène, il s’arrête et mime stupidement le Cri de Munch)
SCENE 5
(K dans le couloir du château fait du skate board avec ses chaussettes qui emmitouflent délicatement ses longues oreilles)
- k –
- Mes chôssettes, mes amies, jamais plus je ne me séparerai de vous, ma mort serait certaine !
Accrochées à mes trop longues oreilles vous me donnez un air impérial.
(un silence juste troublé par le roulement des roues du skate board qui martèle le sol)
Hum… Rien de mieux que la planche à roulettes pour garder une forme incroyable !
Il est d’ailleurs fort possible que cette énergie soudaine vienne d’Hildegarde – ma préférée – ou même de Mathilde !
En fait, il s’agit sûrement des deux !
Cette journée est bénie et ce lieu heureux et aucun fait n’altérera ma joie. Vraoum ! Je suis Superman ! Je me sens renaître en Spock !
Affirmatif…
Wraoum…

ACTE III
SCENE 1
(Jésus apparaît dans le couloir, toujours chevauchant son animal pendant que K avec extase, continue sa gymnastique sur son skate board)
- K –
- Ah ! Wraoum disais-je ! Il faut re-situer le contexte. Oh ! Combien me gagne l’exaltation ! La chaleur de mes oreilles fait augmenter l’ébullition de mon cervelet…
(Frissonnant) Il fait froid soudain ! Que peut bien signifier cette terreur subite détournant mon corps de la joie de revoir mes chaussettes !
Le voile verdâtre de la mort qui apparaissait si justement sur le visage de Gombro s’est levé aujourd’hui et pourtant il semble m’envelopper.
Est-ce une hallucination ?
Serait-ce un présage ?
Pourtant tout m’apparaît maintenant que dégoût (sauf bien sur vous, mes tendres amies)
Savez-vous, mes charmantes, que si je devais vous reperdre, je ne le supporterais plus !
(Se reprenant) Je ne dois plus penser à cela ! Reprenons ma gymnastique transcendantale ! Je ne dois pas oublier que ce rose bucolique qu’égratigne la planche à roulettes s’accorde parfaitement au bleu irradiant de mes chaussettes !
- JESUS -
- L’illustre idiot, encore un instant et la Force sera avec moi… Je sens mes sens irradiés, le moment est venu !
Que dois-je souhaiter ?
Oh ! Combien il est difficile de mettre à exécution le plan oublié !
Qui puis-je ? Je suis seulement Dieu !
Enfin ! Voici une idée ! Par la Force, je veux que les Burlington se transforment en d’affreux mi-bas grisâtres pour aïeule ! Que la désespérance accompagne la mort des chaussettes !
(Un éclair frappe K) La transformation s’est effectuée, disparaissons Léon !
SCENE 2
(K de moins en moins en forme continue de rayer le plancher du couloir, les affreux mi-bas affaissés sur ses oreilles. Emma et Gollum apparaissent sortant d’une trappe.)
- EMMA -
- Es-tu prêt Gollum ? Nous devons accélérer le processus car la gymnastique de K ne lui prend d’ordinaire qu’un tout petit instant et il semble depuis longtemps écoulé. Cela n’est pas habituel !
Regarde !
Vois ses bien aimées chaussettes ! Elles sont grisâtres !
Quelle effroyable harmonie !
Leur teinte s’accorde parfaitement à son visage.
Horreur ! Il est détestablement pathétique comme tu le seras bientôt, cher Gollum !
Ma vengeance sera grandiloquente !
Dérisoire insecte, subit mille morts ! Regarde comment je vais t’écraser !
Je n’admets pas le fétide repos du bonheur, la haine est certainement plus profitable ; Novatrice, lorsqu’on l’admet une seule fois, il est impossible de la quitter ! L’existence se résume ainsi en ce seul mot. Je ne suis non pas le mal, je ne suis pas Méphistophélès !
Je suis celui qui régnera.
Etre sans régner ne signifie rien !
O combien Dostoïevski avait raison lorsqu’il écrivait : « La souffrance, c’est l’unique cause de connaissance ».
Je suis celui qui enseignera ce troublant concept !
Il est temps maintenant !
Va Gollum ! Et surtout ne me déçois pas !
(A ce moment, Gollum perché sur une jarre instable, arrache les mi-bas et les coupe cruellement en deux.)
- K (sentant un curieux courant d’air) -
- Noon ! Mes amies jetées ainsi par terre ! Maudit sois-tu, ignoble traître ! Qu’as-tu fait de leur prestance, elles semblent d’une médiocrité incroyable !
Elles qui relevaient cette singulière existence…
Leur hiératique mine envenime cette journée. Je me sens si las, aujourd’hui…
Au dix-neuvième siècle, mon cœur aurait explosé en mille morceaux ; aujourd’hui mon foie tressaille.
Curieuse fin qui m’attend, détaché de tout… Je m’affaisse souffreteux.
Ces mi-bas grisâtres annoncent ainsi la prophétique tragédie, mais si je ne suis rien, ma mort n’est en aucun cas plus misérable que cette vie. Le chœur m’avait averti et dans un orgueil intense j’ai fermé les yeux. Emmitouflé dans mes chaussettes, j’ai écouté craqueter leur âtre.
Je… Ne… Peux plus parler…
On vient… Et bêtement je meurs !
SCENE 3
(Gombro arrive doucement se murmurant à lui-même des bruits incompréhensibles)
- GOMBRO -
- Iésus vient de sortir de ce couloir et au même moment, j’ai senti Gollum se faufiler vers sa poubelle préférée en compagnie de l’hypocrite Emma.
Dépêchons-nous donc car je perçois un drame !
(Voyant le corps gisant de K) Il est mort !
(Avançant précautionneusement) Sa chair se raidit et son mollet effleurant mon spectre me glace.
Voici donc la réussite iésurienne !
Comment a t’il pu ainsi punir mon ami !
Et là… Ridicules ! Voici ses chaussettes allemandes que je convoitais tant… Elles gisent… Parallèles à lui !
(Affolé) Ses chaussettes ! Que sont-elles devenues !
Ah ! Horreur ! Je suis damné ! Elles d’une qualité si agréable, d’une teinte si recherchée, sont devenues d’affreuses, d’abominables créatures de bas de gamme !
Comment pourrais-je payer ma traversée avec ça !
Mais… Elles sont coupées !!!
Oh ! Aucun flux vitaminé encense l’atmosphère !
Damné suis-je et sans nul doute me dois-je de le répéter !
Mais vite ! Anubis attends.
SCENE 4
(…page perdue)
- Emma –
- Tu te mets à parler comme tous !
Ne fais pas cela ! Ne sois pas tel que nous…
Oh que puis-je faire ?
Gollum, je t’en prie, éructe, flatule, vomit pour moi !
Sois sale !
- GOLLUM -
- Trop tard, trop tard !
- EMMA -
- Alors écoute idiot ! Cet anneau qui nous unit est immoral ! Tu es immonde !
Tu viens d’épouser… Un travesti !
Et plus ! Je suis l’ancien ami de K, ce qui –en effet– te prouve que rien n’est gratuit !
Il m’a rejeté ! Pour ses répugnantes chaussettes !
Il me fallait un minable ! Un minable pour préparer ma vengeance !
Il n’y avait que toi. Mais, malheureusement tes mœurs étaient académiques !
Je me suis joué de toi, de ton amour !
Je t’exècre autant que l’eczéma qui ronge ta peau !
- Gollum (vacillant) -
- Un homme est-ce possible…
(il meurt)
- EMMA -
- Encore cette épidémie !
- JESUS (apparaissant) -
- Epidémie en effet ! Et j’ai besoin d’une victime et comme tu l’as toujours été, je viens logiquement te chercher !
- EMMA -
- Comment tu m’espionnais ! Je te reconnais !
C’est toi qui a fait ce lamentable tour de passe -passe qui a tué K.
- JESUS -
- Ton interprétation semble tout aussi ambiguë , si ce n’est incongrue ! Je sais qui l’a trucidé, viens maintenant…
J’ai besoin de toi…
Tu vas me remplacer quelque temps
- EMMA -
- Te remplacer ? Voici une offre bien tentante !
Et quelle scène devrais-je jouer ?
- JESUS -
- Ne devines-tu pas ?
De l’homme j’ai gardé la peur, moteur de notre existence !
La peur ! Je suis homme aussi… Comprends-tu ? Tu seras crucifié à ma place. Viens…
(Un éclair surgit. Odeur de souffre. Le cœur est désert)
SCENE 5
(Gombro dans sa chambre froide attend Anubis)
- GOMBRO -
- Salve Anubis! J’ai enfin trépassé ! Je savais que tu m’attendrais !
Dépêchons-nous car je m’impatiente…
- ANUBIS (sotto voce) -
- « Je m’impatiente » ! Ah ! rat puant, cela fait des décénies que je t’attends…
- GOMBRO -
- Je dois donc monter sur ton dos !
Ah oui, bien sur, voici mon paiement : Deux superbes chaussettes délicieusement vieillottes !
- ANUBIS (criant)-
- Ca des chaussettes ! J’ai attendu pour cela et elles ne sont même pas françaises !
Tu plaisantes !
- GOMBRO -
- Hélas je sais, ce n’est pas terrible mais il s’est passé tellement de choses ! Je te raconterai…
Fais-moi crédit s’il te plait
Et puis c’est si vulgaire d’être français, pourquoi cette remarque si limitative alors que tu ne l’es même pas !
- ANUBIS (après un long silence) -
- Très bien ! Très bien !
Pardonnes-moi ! (Riant) Nous verrons cela en route !
(ils partent, traversent de nombreux pays et tandis qu’ils survolent le Styx, Anubis lâche Gombro qui s’évapore immédiatement)
La maison ne fait pas crédit !
Insolent, vois ce qu’il en coûte de défier Anubis !
Partons maintenant !
Oublions ce triste sire, des lieux plus accueillants m’attendent.
(Pendant ce temps-là, K devenu fantôme – les mi-bas qu’offrit gracieusement Gombro n’ayant même pas suffit à alerter Anubis)
- K -
- Ainsi, me voici fantôme, remplaçant Gombro. Que peut bien signifier cette fable… Peut-on vraiment trouver une morale si ce n’est que ma quête a échoué !
Qu’importait alors l’objet !
Chaussettes ou or, on s’attache à une matière inerte qui transforme toute notre vie. Je ne serai jamais Kafka, Proust ou Gombrowicz, je ne suis qu’une simple lettre, pompeusement empruntée. Il ne faut pas se leurrer, je pouvais bien sur m’appeler Jésus, Emma, Gollum…
Ce un collectif a été mal baptisé, nous sommes éternellement MEDIOCRITE !
léonard de Rouffy 1989-1990
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